Sentence–Première partie

Il fait froid. Il fait noir.

J’ai un peu peur je dois avouer. Le vent souffle. L’atmosphère est épaisse.

Malgré tout, je discerne quelques ombres encore plus sombres. Elles ne ressemblent à rien de vraiment descriptible. Ce sont simplement des ombres. Elles passent dans un sens ou dans l’autre dans mon champ de vision. Leur forme est effrayante. Toute emplie d’angles, de stries, et de grandes lignes floues et déchirées.

J’ai mal.

J’ai du mal à me mouvoir. Petit à petit, quelques meubles et cartons finissent par apparaitre par contraste avec le noir absolu dans lequel je suis plongé. La pièce comporte des cartons et des étagères métalliques par dizaines. La pièce est vaste. La porte se trouve à l’opposé de ma position. Cela semble des kilomètres.

Au-delà de la porte, au-delà de ces quatre murs hauts et terrifiants, j’entends un piano sur lequel se jouent des notes qui me semblent familières. Comme une mélodie douce de mon enfance.

Les notes ricochent sur les objets et leur écho se perd un peu plus à chaque mouvement qu’il accomplit pour se rapprocher de moi.

Je suffoque. Mon nez se pétrifie à force de couler.

Je soutiens la douleur pour me lever en m’appuyant sur les cartons recouverts de suie, de poussière, de sang. Je n’ose pas les ouvrir, je ne pense qu’à fuir.

Traverser cette pièce, me frayer un chemin jusqu’à la sortie, trouver quelqu’un pour m’aider, et disparaitre. Le centre de la pièce accueille une immense machine rutilante. Imposante, effrayante, une machine encore plus glacée que l’air que je tente de respirer. Elle sent la sciure et le sang. Elle sent la mort. On dirait qu’en dépit de son immobilité, elle pourrait à tout instant me dévorer et m’avaler d’un coup de sa gigantesque mâchoire en acier. J’essaye de ne pas la regarder.

Je boite énormément. Ma jambe gauche me fait atrocement souffrir. Je souffle et lutte pour la faire bouger. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais lorsque je passe mes mains dessus pour la réchauffer, je ne sens que le froid, et mon pantalon, mouillé et glacé.

Divers objets en fer que je ne parviens pas à identifier jonchent le sol et entravent mes déplacements.

Le bruit de piano s’est interrompu. Je me fige. J’attends. Rien. Des bruits de pas dans un endroit près d’ici. Probablement un couloir. Les bruits et les pas s’intensifient, me glaçant le sang, me faisant suer à grosses gouttes, puis s’éloignent. Et disparaissent.

Après avoir osé reprendre ma respiration, je reprends également ma lente et douloureuse marche.

La porte n’est plus très loin, mais je heurte quelque chose et manque de perdre l’équilibre. Un seau posé sur une étagère vacille. Il se met à tanguer. Il va tomber ! Et sa chute fera venir ceux qui m’ont amené là. Son trajet jusqu’au sol me parait durer une éternité. Je le vois aussi clairement qu’en plein jour. Pot usagé de peinture noire, dont le mouvement intense et décidé laisse deviner qu’il contient encore beaucoup de produit. Je tends le bras, puis relâche ma prise de l’autre main, me penche en avant. Ce n’est pas suffisant, je le vois. J’avance un pied, puis l’autre, glisse, et entraine le seau dans ma chute. Je l’attrape au moment où mon dos touche le sol dans un bruit sourd. Le seau s’est renversé. Sous mon dos, un objet dur et froid. Il s’est enfoncé sous ma peau et m’empêche de me relever. Je ressens une douleur aiguë dans l’omoplate. Je me retiens de hurler. Ça pique. Ça brule. Les pas annoncent leur retour…

Publicités
  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :