Drôle de conversation

Un jour, j’ai lu un truc fun sur Twitter. Une conversation entre un mec et une fille. Mais pas n’importe qui. Le mec, c’est une sorte de wanabee journaliste gay, toujours en rose fuchsia moulant, une coupe de cheveux sortie tout droit de Star Trek (le dernier film), un corps de sucette mordillée et des lunettes dignes d’une présentatrice momifiée sur Canal Plus. Ce mec, il aime bien passer pour un mec magnanime et intelligent, et se complait dans cette contradiction l’air benêt et satisfait, au cours des émissions télé dans lesquelles il apparaît parfois.

Elle, c’est ce qu’on appelle je crois un cas d’école. Et même, dans les écoles, on appelle ça une bête à concours. Pas dans le sens qu’on lui tâte le cul en pensant « hum, c’est bien ferme, j’en ferais bien mon quatre heures » (encore que, le quatre heures, pour un carnivore, ça se fait avec n’importe quoi –les hommes sont tous carnivores, ou alors c’est qu’ils sont gays, et même là, certains le restent un peu, carnivores). Plutôt dans le sens « j’ai bien compris comment fonctionnait le système. Les hommes sont aussi stupides que les femmes revanchardes pour des événements dont elles n’ont pas été victimes. On va se marrer. »

Et alors, cette fille, c’est aussi une bête à concours dans le sens où elle peut être acceptée genre dans cinq grandes écoles à la fois tellement elle a bachoté et appris par cœur des trucs qu’elle a déjà oubliés. Elle est genre, à dire « je ne peux pas prendre parti pour un truc, parce que je sais trop de choses tu vois ». Et d’ajouter « je vois toujours autant d’avantages que d’inconvénients pour chaque truc tu vois.

– C’est plutôt un inconvénient, je lui fais (oui parce que je l’ai eue connu un temps, cette fille, mais c’était il y a très longtemps)

– Non au contraire ! Moi je vois ça comme un plus, c’est important pour un journaliste tu comprends, de ne pas prendre parti. »

Ce que je comprenais surtout, c’était sa capacité folle à doubler son sujet (qui n’en avait pas besoin au demeurant) et à vendre le parti mort-né du centre, comme pour l’assurer d’un soutien indéfectible de tous ceux qui n’ont ni idée, ni conviction. Comme un monde meilleur, sans les gens.

Et tellement ces grandes écoles sont dirigées par des hommes pas très futés, ils sont tous à l’appeler sur son portable pour lui proposer des gâteries si elle les rejoint plutôt qu’une autre. Tout ça pour finir pigiste à la manque dans un journal en sursis, et s’exciter comme une pucelle sur des soirées où « il y aura des gens connus, c’est trop bien ».

Bref.

Et donc, sur Twitter, le mec et la fille font comme s’ils étaient mariés, alors qu’on sait qu’ils sucent tous les deux plus de bites que tu ne pourrais en imaginer en une seule fois sans vouloir vomir.

Et ils parlent. Et la fille arrive à l’âge où elle était censée devenir adulte, genre, si tout s’était passé comme prévu. Elle m’avait même dit une fois, en réponse à cette question urgente « quand penses-tu que tu deviendras enfin adulte ?

– Quand j’aurais vingt-cinq ans, que j’aurais un job, un appartement à moi et de l’argent. »

Il n’y avait rien à répondre à ça, si ce n’est manifester une admiration sans borne pour quelqu’un capable de deviner l’avenir et de se prévoir si infailliblement, comme ça, au sortir d’une journée de stage merdique. C’était divin. Divin et merdique à la fois, d’assister en spectateur si intéressé et impuissant au spectacle vulgaire de l’abyssale somme des composants de notre société moderne.

Elle deviendrait adulte du jour au lendemain, en additionnant simplement des éléments objectifs de la dégringolade intellectuelle commune. Génial ! Un nouvel Ellis qui n’a même pas besoin d’écrire pour pondre des bronzes en or !

Toujours est-il que.

Oui.

Parce que sur Twitter, cette conversation géniale a vraiment eu lieu : à vingt-cinq ans, et toujours dégoûtée à la vue d’un enfant en bas âge, la fille, qu’on pourrait appeler Ambre, mais ce serait trop cliché, s’étonne de croiser dans le métro des femmes, jeunes mamans, encore fraichement dotées des preuves d’amour graisseuses de leur rejeton, qui la regardent et ne comprennent pas qu’elle n’en veut pas. Elle, pourtant tellement humaine, et déjà si proche de cette femme qui vient d’accoucher.

Et elle relate l’événement sur Twitter, pour susciter l’indignation. Et son « mari » suceur de bites (ce n’est pas mal hein, ni interdit, mais un peu chiant quand revendiqué comme une victoire), de lui faire une suggestion de réponse à formuler face à ce genre de situation ô combien gênante pour tous ces gens normalement constitués qui préfèrent engendrer frustration et sueur au sein d’une carrière merdique que d’imaginer une… vie : « t’aurais dû lui dire : « non madame, je n’ai pas envie d’être grosse ni moche comme vous. » Vous goûterez cependant les tournures maladroites et idéalement naïves et agressives de la proposition, formulée pourtant par un brillant auteur de Dark Steam Science (!!) !

La chute de cette histoire se veut pittoresque. En fait non, elle se veut un summum de ce que l’esprit peut infliger sur la conscience et le comportement général. La réponse de la fille sonne comme le glas de toutes les pensées des philosophes et des premiers vrais journalistes, qui ont désespérément tenté d’élever un pays en élevant son langage. Il s’agissait par ailleurs d’élever la population à une réflexion élaborée, lui faire découvrir la pensée complexe et faire réaliser la réalité.

Faisant fi de toutes ces choses surannées au XXIe siècle, la réponse s’est montrée aussi expressive que cinglante, que… enfin, vous savez.

Je vous la donne en mille. Cette fille, cette fille qui ment sur son poids, qui s’enlève facilement quinze kilos avant la pesée et se voit aussi fine qu’un personnage de bédé humoristique française (hormis les bédés de Dany mais vous êtes probablement trop jeunes pour savoir de quoi je parle), qui mastique plus bruyamment qu’elle suce, qui marche aussi délicatement que ma collègue obèse et complexée du deuxième étage (elle est gentille comme tout, là n’est pas la question, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), elle s’est esclaffée. Bruyamment. Sur Twitter. Aussi bruyamment qu’on peut l’imaginer. Et on peut l’imaginer avec des miettes de restes de bouffe plein les joues, une grosse mèche de cheveux qui cache un front brillant et proéminent, les yeux maquillés pour dissimuler l’absence de cils, et elle s’est esclaffée. « Ah mais c’est génial ! » Là je la refais, parce qu’on dépasse les cent quarante signes et qu’une pensée si pure ne peut être tronquée. « Ah mais c’est génial ! C’est trop bon, c’est trop drôle, c’est ce que j’aurais dû répondre, je ne veux pas être grosse et moche comme elle. »

Ça se passerait de commentaires. Si. Si je ne me posais pas la question depuis ce jour. Est-ce que ce mec, le mari gay fuchsia a vraiment parlé de sa femme virtuelle en le faisant exprès, et si oui, est-ce qu’elle a réussi à se dissimuler la réalité suffisamment bien pour ne pas envisager une seule seconde qu’elle pouvait être le sujet de la proposition…

La question demeurera à jamais sans réponse. Et, pour le salut de l’humanité, c’est sans doute aussi bien.

Publicités
    • Le Yéti
    • 2 mars 2011

    BAM!

  1. COMMENT T’ES TROP DEEEEEEEEEEEG 😀

    Je t’ai mis mon blog en lien parce qu’il est plein de rose fuchsia moulant.

  2. Dommage que tu sois bandant quand même, parce que t’es méchant.

    MAIS MECHANT ET BANDANT C’EST EXCITANT !

  3. http://bit.ly/elvvwq

  4. Grâce à toi, j’ai changé ma bio sur Facebook ! Merki copain !

    • BTO
    • 2 mars 2011

    Euh… Intérêt de l’article ?

    • Pierre-L´2o
    • 2 mars 2011

    J’ai bandé.

  5. Il est bandant ? DO WANT. Faut se faire insulter pour voir son visage ? 😦

  6. LAULE !

  7. Les haineux vont hennir.

    • korbenradasse
    • 2 mars 2011

    Qu’est-ce que c’est chiant à lire 😮

    • lou
    • 2 mars 2011

    J’ai connu la protagoniste. Tellement vrai, surtout le grand front huileux

    • Capitaine-Beko
    • 3 mars 2011

    Tout ça pour..?

    • Alexleserveur
    • 6 mars 2011

    La suite ! La suite ! La suite ! Parce que tu m’as toujours pas expliqué ce que tu devais m’expliquer.

  1. No trackbacks yet.

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :