Sentence-Deuxième partie

Trois mois auparavant.

Ce ne sera pas comme si je ne l’avais pas cherché.

Ce matin, en ouvrant le courrier, au milieu des pubs de supermarchés, de pizzas en livraison à aller chercher soi-même, des prospectus offrant des réductions insensées sur les salles de sport, glorifiant le corps, et mettant en avant une superbe fille aux formes excitantes pour motiver, des bouts de papier découpés à la main proposant les services de gourous, voyants, marabouts qui garantissent le retour de l’être aimé, le désenvoutement, et le tout en treize jours, satisfait ou remboursé (sous conditions), j’ai reçu une lettre de mon employeur. L’enveloppe standard, du même format et avec le même logo que celles que j’ai vu passer pendant des années au bureau, contenait une convocation pour un entretien préalable à mon licenciement.

Une fois chez moi, les clés posées sur la table, le reste du courrier resté en bas dans la boite aux lettres, ma casquette plate jetée sur le canapé, une fois la lettre lue, je me suis senti défaillir. Pour la première fois de ma vie, j’ai perdu le contrôle. Mes jambes ont lâché. Je me suis retrouvé parterre. C’est douloureux. J’étais affolé, je regardais partout, comme si ma culpabilité était révélée et que les murs dissimulaient des témoins de mon désarroi, de mon comportement automatiquement fautif, et qu’ils allaient le répéter.

J’ai fermé à double tour la porte de mon appartement, ai fermé les volets roulants dans leur grincement habituel, et me suis glissé sous la couette, dans mon lit, avec pour seule lumière une lampe de chevet bon marché que j’ai prise avec moi sous les draps pour relire cette lettre et tenter de comprendre comment ils ont pu comprendre. Je l’ai lue une dizaine de fois d’affilée, les lèvres pincées, comme pour empêcher mes dents d’avancer. Sans respirer. La lampe de chevet tout contre ma joue. Je me suis brûlé. Au fur et à mesure que je relisais la lettre, je la comprenais de moins en moins. Jusqu’à ne plus parvenir à lire le moindre mot. J’avais les yeux embués, je commençais à avoir du mal à respirer dans mon abri de fortune. D’un coup, j’ai renversé la couette, éteint la lampe, l’ai laissé tomber de la table de nuit, et ai jeté un nouveau regard aux murs et aux meubles. Toujours personne mais cette même sensation d’être observé dans mes faits et gestes de coupable et de futur condamné. J’ai fini par m’endormir.

Une fois la première crise d’angoisse passée, et une grosse journée de sommeil dans l’estomac, aidé par une paire efficace de Lexomil, j’ai repris mes esprits pour un temps. Il me fallait voir quelqu’un.

Le rendez-vous était fixé dix jours plus tard, et la lettre mentionnait que je n’avais pas à me présenter au travail jusqu’à ce moment-là. J’étais donc en vacances.

La tête dans le coton à cause du bromazépam, la connexion entre cette lettre, mon futur renvoi, les éventuelles et probables conséquences désastreuses qui allaient en découler et mon angoisse légitime ne se faisait pas. Je ne parvenais plus à ressentir quoi que ce soit. Je me contentais de tourner dans l’appartement, sans but, sans même voir ce que je regardais. Le temps s’écoulait, et c’est à peine au bout d’une journée que j’ai pris conscience de mon état. J’étais tellement loin de tout ce que je voulais vraiment. Au fond, j’ai toujours su pourquoi j’agissais comme je le faisais. Ce côté auto destructeur sous-jacent de mes tentatives de destruction des autres. Ce besoin compulsif d’utiliser les gens sans but et de les soumettre à ma volonté, de réduire la leur et de bousiller leur psyché.

J’ai pris du Lexomil pendant des mois. Des doses de cheval. Au bout d’une certaine période, les effets se modifient. J’oubliais toujours tout (c’est pourquoi j’ai toujours un calepin sur moi avec toutes les choses que je dois faire inscrites, tant pour le travail que pour moi), mais je dormais moins. Pour fermer les yeux, il fallait des doses plus fortes. Au bout de cette première journée, j’ai décidé d’arrêter. De faire face totalement. Au cours de ma première nuit après la réception de cette maudite lettre, sans médicament. J’ai connu ma première crise de convulsions. Je me suis soudainement mis à trembler sous la couette. Sans pouvoir m’arrêter, sans décider des mouvements de mon corps. Les convulsions se sont accentuées, provoquant une douleur de plus en plus intense. Je ne pouvais plus respirer. La crise a duré plusieurs minutes. Je sentais mes joues en feu, ma gorge prise, les yeux exorbités. Je sentais mes doigts et mes orteils crispés, mes genoux qui claquaient l’un contre l’autre, je bavais sur l’oreiller, je grognais. J’ai cru mourir. Ça n’en finissait pas. La sueur coulait de mon front sur mes yeux qui clignaient frénétiquement, facilitant le trajet de cette eau salée sous mes paupières. Mon abdomen s’écrasait, mes côtés étaient compressées. Le coussin et le matelas suintaient. Le sommier grinçait en rythme avec mes dents. Je me suis cogné la tête contre le mur en crépis. D’un seul coup, tout s’est arrêté. Le temps s’est suspendu. Seule la chaleur augmentant me rappelait à la réalité. J’étais immobile, désarticulé, le visage trempé de ma salive, de ma sueur et du sang que mon crâne répandait à cause d’un mouvement trop violent contre le mur. J’ai repris mon souffle. La douleur a peu à peu fait place à des fourmis dans tous les membres de mon corps. Mon pantalon était mouillé.

Apparemment, on appelle ce genre de crises des crises d’épilepsie secondaire. Ces crises traduisent l’expression de la souffrance cérébrale. Si vous voulez un conseil ou deux, lisez ceci : tout le monde souffre. C’est un conseil qu’il est bon de retenir. Du coup, un second conseil : n’arrêtez jamais les BZD subitement. Vous savez que vous souffrez, pourquoi vous faire encore plus de mal ?

Le réveil affichait qu’il ferait encore nuit pour quelques heures. J’ai capitulé en reprenant un Lexomil. De quoi me calmer jusqu’à ce que le soleil daigne se lever, et que je puisse vivre.

La pastille fondait sur ma langue et ce sentiment annonciateur d’instants meilleurs me ravissait suffisamment pour qu’un sourire se dessine sur ma figure décomposée. C’était le moment. Il était là.

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Sentence–Première partie

Il fait froid. Il fait noir.

J’ai un peu peur je dois avouer. Le vent souffle. L’atmosphère est épaisse.

Malgré tout, je discerne quelques ombres encore plus sombres. Elles ne ressemblent à rien de vraiment descriptible. Ce sont simplement des ombres. Elles passent dans un sens ou dans l’autre dans mon champ de vision. Leur forme est effrayante. Toute emplie d’angles, de stries, et de grandes lignes floues et déchirées.

J’ai mal.

J’ai du mal à me mouvoir. Petit à petit, quelques meubles et cartons finissent par apparaitre par contraste avec le noir absolu dans lequel je suis plongé. La pièce comporte des cartons et des étagères métalliques par dizaines. La pièce est vaste. La porte se trouve à l’opposé de ma position. Cela semble des kilomètres.

Au-delà de la porte, au-delà de ces quatre murs hauts et terrifiants, j’entends un piano sur lequel se jouent des notes qui me semblent familières. Comme une mélodie douce de mon enfance.

Les notes ricochent sur les objets et leur écho se perd un peu plus à chaque mouvement qu’il accomplit pour se rapprocher de moi.

Je suffoque. Mon nez se pétrifie à force de couler.

Je soutiens la douleur pour me lever en m’appuyant sur les cartons recouverts de suie, de poussière, de sang. Je n’ose pas les ouvrir, je ne pense qu’à fuir.

Traverser cette pièce, me frayer un chemin jusqu’à la sortie, trouver quelqu’un pour m’aider, et disparaitre. Le centre de la pièce accueille une immense machine rutilante. Imposante, effrayante, une machine encore plus glacée que l’air que je tente de respirer. Elle sent la sciure et le sang. Elle sent la mort. On dirait qu’en dépit de son immobilité, elle pourrait à tout instant me dévorer et m’avaler d’un coup de sa gigantesque mâchoire en acier. J’essaye de ne pas la regarder.

Je boite énormément. Ma jambe gauche me fait atrocement souffrir. Je souffle et lutte pour la faire bouger. Je ne sais pas ce qu’il s’est passé, mais lorsque je passe mes mains dessus pour la réchauffer, je ne sens que le froid, et mon pantalon, mouillé et glacé.

Divers objets en fer que je ne parviens pas à identifier jonchent le sol et entravent mes déplacements.

Le bruit de piano s’est interrompu. Je me fige. J’attends. Rien. Des bruits de pas dans un endroit près d’ici. Probablement un couloir. Les bruits et les pas s’intensifient, me glaçant le sang, me faisant suer à grosses gouttes, puis s’éloignent. Et disparaissent.

Après avoir osé reprendre ma respiration, je reprends également ma lente et douloureuse marche.

La porte n’est plus très loin, mais je heurte quelque chose et manque de perdre l’équilibre. Un seau posé sur une étagère vacille. Il se met à tanguer. Il va tomber ! Et sa chute fera venir ceux qui m’ont amené là. Son trajet jusqu’au sol me parait durer une éternité. Je le vois aussi clairement qu’en plein jour. Pot usagé de peinture noire, dont le mouvement intense et décidé laisse deviner qu’il contient encore beaucoup de produit. Je tends le bras, puis relâche ma prise de l’autre main, me penche en avant. Ce n’est pas suffisant, je le vois. J’avance un pied, puis l’autre, glisse, et entraine le seau dans ma chute. Je l’attrape au moment où mon dos touche le sol dans un bruit sourd. Le seau s’est renversé. Sous mon dos, un objet dur et froid. Il s’est enfoncé sous ma peau et m’empêche de me relever. Je ressens une douleur aiguë dans l’omoplate. Je me retiens de hurler. Ça pique. Ça brule. Les pas annoncent leur retour…

22:21

22:21

La poisse ! L’étau se resserre et je sens que les complications ne vont pas tarder à survenir. De quoi je parle ? Non mais vous rigolez là ? Le sept. Le sept. Ça ne vous dit vraiment rien ? Le sept, c’est un porte malheur absolu. J’ai eu la chance de m’en rendre compte, et de m’y adapter, mais tout le monde n’est pas forcément au courant. Et en ce moment, les choses ont tendance à se compliquer. Je suis dans un mauvais cycle. Il me faut impérativement en sortir, mais je ne sais pas encore comment. Bien souvent, il n’y a qu’à attendre. Attendre et espérer.

Le sept est un foutu porte malheur universel, et les contraintes sont nombreuses, c’est moi qui vous le dis. Ne soyez pas surpris, tout est fait pour camoufler cette évidence. Par exemple, la semaine compte sept jours. Et le septième jour, c’est le dimanche. Le jour du seigneur, le jour où la plupart des gens sont en repos. Et ça ne vous dit rien ? Le dimanche, un jour de pause, le septième jour de la semaine… Ça ne vous met pas la puce à l’oreille ? Ça ne vous évoque pas la moindre possibilité de commencement d’un soupçon ? Alors que vous savourez votre jour de glande comme il se doit, dans l’ombre se tapit le retour de la semaine de travail.

C’est dans les détails qu’il faut le plus se méfier.

Toute ma vie, j’ai subi ces tentatives d’agression. Il a fallu réaliser, et puis se mobiliser. Endurer les souffrances, puis les comprendre, les analyser, les détecter, et enfin tenter de les contourner, les prévoir, les anticiper. Sur mon premier CD, le morceau numéro sept a fait flamber mon lecteur tout neuf. Je venais d’avoir dix ans, et je ne comprenais pas encore bien de quoi il retournait, même si je ressentais déjà cette sensation étrange. C’est difficile à expliquer, parce qu’il est évident que je n’étais pas observé, que personne de la Haut ou des Terres du Dessous ne s’étaient penché sur moi. Ni souffle rauque sur ma nuque, ni cauchemars au cours desquels des apparitions me menaçaient. Ni scarifications avec un quelconque sens, ou encore de mouvements incontrôlés de ma part ou d’autres. Pas d’invocations ni d’incarnations farfelues. Juste une petite sensation étrange. Comme si les choses devaient se passer de cette façon. Comme si ce n’était pas évitable. Comme si rien d’étonnant ne venait de se produire. D’ailleurs, les choses ont continué sur cette lancée. Devant mon manque de réaction, mes parents m’ont puni. Je l’avais pareillement vu venir. J’ai pris pour une semaine. Sept jours.

Vous trouverez des manifestations plus ou moins fortes du sept à chaque moment de votre vie. Comme autant de signes malsains disséminés, comme des obstacles infranchissables, cette ciguë impossible à éviter. Méfiez-vous. Buvez un verre d’eau. Attention ! Comptez vos gorgées. Sept. Encore. A moins de prévoir et de modifier votre façon de boire, un petit verre d’eau compte sept petites gorgées. Et un grand verre ? A votre avis ? Un grand verre d’eau, format standard, sans les circonvolutions esthétiques propres à la bourgeoisie, un grand verre d’eau donc, c’est sept grandes gorgées. Comptez. Remarquez. Essayez de tout boire en huit gorgées. Réalisez que la huitième gorgée est la dernière, qu’elle est différente des autres du fait qu’après celle-là, vous n’avez plus rien d’autre que de l’air. Réalisez alors que la dernière gorgée normale, c’est le septième. Réalisez enfin comme les choses s’enchaînent de façon fourbe. Tentez alors de boire en neuf gorgées sans respirer et comprenez la difficulté. Ou alors, essayez de boire en six. Dans ce cas, je vous conseille de vite apprendre à faire en sorte que la sixième soit effectivement la dernière gorgée. Qu’il ne reste pas une goutte ou deux d’eau sur votre langue, vous imposant une déglutition finale après les six premières.

Les chiffres deviennent très importants dès le moment où vous vous mettez en quête de vous restructurer. Le sept reste à bannir sous toutes ces formes. Sauf que, bien entendu, on ne passe pas du six au huit de chaque mois par simple manifestation de sa volonté. On ne passe pas de six à huit gorgées d’eau dans un verre. On ne passe pas de la sixième fille avec qui vous couchez à la huitième. Il y a toujours des sept, partout, tout le temps. Pour tout et n’importe quoi. Et dès qu’on y arrive, il se passe quelque chose qu’on aurait préféré éviter.

J’ai pris l’habitude de ne jamais avoir sept euros dans ma poche. Et comme un fait exprès, alors que j’additionne mes pièces, dès lors que j’ai pris soin de les trier, la malédiction du sept fait en sorte que je n’ai pas assez pour payer. Ou alors qu’une fois la monnaie rendue, je me retrouve à nouveau avec sept euros. Je tente alors de m’en débarrasser au plus vite, en donnant le reliquat à un nécessiteux si possible. Sauf qu’avec sept, ce n’est pas la peine de finasser. Le vieil homme me crache dessus pour lui donner si peu, ou me fait un croche pied parce qu’il a eu l’impression que je lui ai tendu mes pièces avec dédain, ou parce que j’ai mal visé, que l’argent a raté sa casquette et qu’il roule le long du trottoir, vers la bouche d’égout, et qu’à cause de moi, il doit se lever précipitamment et s’humilier pour quelques centimes.

Dans les chiffres, la plus grande difficulté est de cumuler les différents moyens de comptage. L’heure par exemple. Mais les dates également. Le neuf annule. Il ne compte pas. Dans toutes les additions de chiffres à base d’heure ou de date, hormis minuit pile, le neuf n’existe pas. Tous les autres chiffrent se battent et vous devez éviter de totaliser sept.

Un autre élément particulièrement inquiétant. Les dés. Si vous jouez avec, en en lançant deux, comme c’est de tradition, le nombre le plus fréquemment sorti, c’est sept. Faites vos calculs si vous ne me croyez pas.

En ce moment, c’est la poisse. Toutes les occurrences s’enchaînent. Nous sommes au mois de mars 2011. La somme des chiffres qui composent 2011, c’est quatre. Si on ajoute le mois de mars, ça donne sept. Mars 2011 est un très mauvais mois. Mais pire encore, le neuf mars, rien ne vous rattrapera. Vous pouvez toujours tenter de vous dire que les autres jours, vous pourrez passer au travers, car le huit vous permettra d’attendre un total de six, et là vous êtes sauvé. Sauf que ça ne dure pas. A chaque fois que je regarde l’heure, le total fait sept. Je tiens d’ailleurs à préciser que les effets négatifs se cumulent. Mais à ce niveau d’explications, j’imagine que vous le saviez déjà. Ca va faire sept ans que j’habite dans cet appartement, et j’ai comme l’impression que les murs vont s’écrouler.

J’ai été dépucelé le 4 décembre 1998. Ça a été un fiasco comme rarement il vous a été donné d’en commettre. J’ai cumulé toutes les tares. La fille a saigné, elle a souffert, n’a plus jamais voulu me revoir, malgré l’avortement médicamenteux qu’elle a du subir. A la suite de cet événement malheureux, j’ai expérimenté un an d’abstinence. Je palliais en me masturbant et je saignais à force de frotter.

Le seize de chaque mois est une catastrophe. Problèmes d’érection, de ponctualité au travail, qu’importe, il y a toujours ce truc dégueulasse qui se produit. Je le sais maintenant. Je poserais bien mes RTT ces jours-là, mais ce serait gâcher de tels jours, puisque je ne pourrais rien faire de bon, et ce serait également comme déclarer forfait, ce à quoi je me refuse.

La septième fille. D’abord, la septième fille m’a mis du GHB dans un verre, et s’est révélé être un garçon, devant lequel je suis resté impuissant, en dépit de tout l’alcool qui l’accompagnait. La septième fille avec qui j’ai couché m’a refilé une maladie vénérienne du genre que l’on ne voit que sur les sculptures en plâtre des musées de l’anatomie. Aujourd’hui mon sexe ressemble à une cuillère en bois usée et cramée à force d’être restée trop longtemps et souvent au contact des poêles et casseroles.

Le pire dans les chiffres, c’est l’heure. Parce que c’est le meilleur moyen de voir un sept toutes les neuf minutes, et quand on commence une série, il est difficile de s’en sortir avant un véritable drame. Quoi que vous pouvez y être confronté encore plus fréquemment si vous marchez beaucoup, ou si vous avez un trajet à pied non négligeable avant d’atteindre votre destination quotidienne. En effet, les numéros de portes. Qu’il s’agisse de l’ancienne ou de la nouvelle numérotation, métrique, aucune logique ne permet de s’assurer que vous aurez le temps de détourner votre regard à temps, d’accélérer le pas. Si vous apercevez un sept sur une porte, ou un nombre dont la somme de ses chiffres vous donne sept, vous êtes bon pour vous faire piquer votre portefeuille dans le métro, vous faire insulter ou vous prendre un râteau si jamais vous osez regarder une fille un peu mignonne. Il faut rester sur ses gardes même si vous ne parvenez à ne pas regarder car, sans son aire d’action, le sept peut vous faire marcher dans une crotte ou vous coincer un talon dans les rails du tramway au moment où il arrive.

Le pire de l’heure, c’est 22h21. C’est l’Omega. Je le fuis comme la peste et vous feriez bien d’en faire autant. Rien ne peut compenser un 22h21. C’est avec ça que j’ai démarré ma série. J’ai tout à fait par hasard attrapé mon téléphone pour voir les messages reçus. 22h21 s’affichaient en gros. En plus du coup au moral, je recevais une surfacturation sur mon forfait par SMS. Le lendemain, et c’est ce qui m’a convaincu que j’étais rentré dans un cycle, je suis retombé dessus. Même heure, sur mon écran d’ordinateur. Et quelques secondes après, en fermant les volets, sur mon réveil. Inutile de dire que je me suis cogné violemment la tête en fermant cette satanée fenêtre.

Hier, une voiture m’a rentré dedans. La plaque du type, c’était AB 873 DI. Je vous laisse le soin de trouver le sept. Le mec venait de l’Ardèche. En sortant de la voiture pour faire le constat, j’ai assisté au compactage de mon véhicule par un camion dont les freins venaient de lâcher. A l’intérieur, il y avait mon ordinateur. Et ma copine. Les pompiers qui m’ont ramené chez moi m’ont donné une trop forte dose de calmant. Du coup, ils m’ont déposé aux urgences. Où je suis actuellement. Chambre 214…

Post Scriptum : cette explication compte très exactement 10 204 signes, espaces compris.

Drôle de conversation

Un jour, j’ai lu un truc fun sur Twitter. Une conversation entre un mec et une fille. Mais pas n’importe qui. Le mec, c’est une sorte de wanabee journaliste gay, toujours en rose fuchsia moulant, une coupe de cheveux sortie tout droit de Star Trek (le dernier film), un corps de sucette mordillée et des lunettes dignes d’une présentatrice momifiée sur Canal Plus. Ce mec, il aime bien passer pour un mec magnanime et intelligent, et se complait dans cette contradiction l’air benêt et satisfait, au cours des émissions télé dans lesquelles il apparaît parfois.

Elle, c’est ce qu’on appelle je crois un cas d’école. Et même, dans les écoles, on appelle ça une bête à concours. Pas dans le sens qu’on lui tâte le cul en pensant « hum, c’est bien ferme, j’en ferais bien mon quatre heures » (encore que, le quatre heures, pour un carnivore, ça se fait avec n’importe quoi –les hommes sont tous carnivores, ou alors c’est qu’ils sont gays, et même là, certains le restent un peu, carnivores). Plutôt dans le sens « j’ai bien compris comment fonctionnait le système. Les hommes sont aussi stupides que les femmes revanchardes pour des événements dont elles n’ont pas été victimes. On va se marrer. »

Et alors, cette fille, c’est aussi une bête à concours dans le sens où elle peut être acceptée genre dans cinq grandes écoles à la fois tellement elle a bachoté et appris par cœur des trucs qu’elle a déjà oubliés. Elle est genre, à dire « je ne peux pas prendre parti pour un truc, parce que je sais trop de choses tu vois ». Et d’ajouter « je vois toujours autant d’avantages que d’inconvénients pour chaque truc tu vois.

– C’est plutôt un inconvénient, je lui fais (oui parce que je l’ai eue connu un temps, cette fille, mais c’était il y a très longtemps)

– Non au contraire ! Moi je vois ça comme un plus, c’est important pour un journaliste tu comprends, de ne pas prendre parti. »

Ce que je comprenais surtout, c’était sa capacité folle à doubler son sujet (qui n’en avait pas besoin au demeurant) et à vendre le parti mort-né du centre, comme pour l’assurer d’un soutien indéfectible de tous ceux qui n’ont ni idée, ni conviction. Comme un monde meilleur, sans les gens.

Et tellement ces grandes écoles sont dirigées par des hommes pas très futés, ils sont tous à l’appeler sur son portable pour lui proposer des gâteries si elle les rejoint plutôt qu’une autre. Tout ça pour finir pigiste à la manque dans un journal en sursis, et s’exciter comme une pucelle sur des soirées où « il y aura des gens connus, c’est trop bien ».

Bref.

Et donc, sur Twitter, le mec et la fille font comme s’ils étaient mariés, alors qu’on sait qu’ils sucent tous les deux plus de bites que tu ne pourrais en imaginer en une seule fois sans vouloir vomir.

Et ils parlent. Et la fille arrive à l’âge où elle était censée devenir adulte, genre, si tout s’était passé comme prévu. Elle m’avait même dit une fois, en réponse à cette question urgente « quand penses-tu que tu deviendras enfin adulte ?

– Quand j’aurais vingt-cinq ans, que j’aurais un job, un appartement à moi et de l’argent. »

Il n’y avait rien à répondre à ça, si ce n’est manifester une admiration sans borne pour quelqu’un capable de deviner l’avenir et de se prévoir si infailliblement, comme ça, au sortir d’une journée de stage merdique. C’était divin. Divin et merdique à la fois, d’assister en spectateur si intéressé et impuissant au spectacle vulgaire de l’abyssale somme des composants de notre société moderne.

Elle deviendrait adulte du jour au lendemain, en additionnant simplement des éléments objectifs de la dégringolade intellectuelle commune. Génial ! Un nouvel Ellis qui n’a même pas besoin d’écrire pour pondre des bronzes en or !

Toujours est-il que.

Oui.

Parce que sur Twitter, cette conversation géniale a vraiment eu lieu : à vingt-cinq ans, et toujours dégoûtée à la vue d’un enfant en bas âge, la fille, qu’on pourrait appeler Ambre, mais ce serait trop cliché, s’étonne de croiser dans le métro des femmes, jeunes mamans, encore fraichement dotées des preuves d’amour graisseuses de leur rejeton, qui la regardent et ne comprennent pas qu’elle n’en veut pas. Elle, pourtant tellement humaine, et déjà si proche de cette femme qui vient d’accoucher.

Et elle relate l’événement sur Twitter, pour susciter l’indignation. Et son « mari » suceur de bites (ce n’est pas mal hein, ni interdit, mais un peu chiant quand revendiqué comme une victoire), de lui faire une suggestion de réponse à formuler face à ce genre de situation ô combien gênante pour tous ces gens normalement constitués qui préfèrent engendrer frustration et sueur au sein d’une carrière merdique que d’imaginer une… vie : « t’aurais dû lui dire : « non madame, je n’ai pas envie d’être grosse ni moche comme vous. » Vous goûterez cependant les tournures maladroites et idéalement naïves et agressives de la proposition, formulée pourtant par un brillant auteur de Dark Steam Science (!!) !

La chute de cette histoire se veut pittoresque. En fait non, elle se veut un summum de ce que l’esprit peut infliger sur la conscience et le comportement général. La réponse de la fille sonne comme le glas de toutes les pensées des philosophes et des premiers vrais journalistes, qui ont désespérément tenté d’élever un pays en élevant son langage. Il s’agissait par ailleurs d’élever la population à une réflexion élaborée, lui faire découvrir la pensée complexe et faire réaliser la réalité.

Faisant fi de toutes ces choses surannées au XXIe siècle, la réponse s’est montrée aussi expressive que cinglante, que… enfin, vous savez.

Je vous la donne en mille. Cette fille, cette fille qui ment sur son poids, qui s’enlève facilement quinze kilos avant la pesée et se voit aussi fine qu’un personnage de bédé humoristique française (hormis les bédés de Dany mais vous êtes probablement trop jeunes pour savoir de quoi je parle), qui mastique plus bruyamment qu’elle suce, qui marche aussi délicatement que ma collègue obèse et complexée du deuxième étage (elle est gentille comme tout, là n’est pas la question, ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit), elle s’est esclaffée. Bruyamment. Sur Twitter. Aussi bruyamment qu’on peut l’imaginer. Et on peut l’imaginer avec des miettes de restes de bouffe plein les joues, une grosse mèche de cheveux qui cache un front brillant et proéminent, les yeux maquillés pour dissimuler l’absence de cils, et elle s’est esclaffée. « Ah mais c’est génial ! » Là je la refais, parce qu’on dépasse les cent quarante signes et qu’une pensée si pure ne peut être tronquée. « Ah mais c’est génial ! C’est trop bon, c’est trop drôle, c’est ce que j’aurais dû répondre, je ne veux pas être grosse et moche comme elle. »

Ça se passerait de commentaires. Si. Si je ne me posais pas la question depuis ce jour. Est-ce que ce mec, le mari gay fuchsia a vraiment parlé de sa femme virtuelle en le faisant exprès, et si oui, est-ce qu’elle a réussi à se dissimuler la réalité suffisamment bien pour ne pas envisager une seule seconde qu’elle pouvait être le sujet de la proposition…

La question demeurera à jamais sans réponse. Et, pour le salut de l’humanité, c’est sans doute aussi bien.

Cool mec

Je ne jouerai jamais dans la cour des mecs cools.

Le star system hollywoodien me l’a interdit. Définitivement interdit. Lui et les acteurs et les rockeurs, et tous les mecs cools depuis la cinquième à qui j’aurais voulu ressembler.

Simplement parce que je ne fume pas. Parce que je ne supporte pas cette foutue odeur dans ma bouche, sur mes mains et mes fringues. Parce que ça pue et que jamais je ne serai un mec cool. Parce que je serai toujours ce mec hyper stressé qui boit et fume des joints de temps en temps, et qui prend du Xanax, ou alternativement du Zoloft. D’ailleurs, pour chopper une de ces deux substances divines, rien de plus simple, si vous n’êtes pas un mec cool. Je veux dire, si vous portez mal le cuir brillant, et que vous ne confectionnez pas du savon le weekend dans la cave humide de votre grande maison abandonnée au fin fond d’une route désaffectée elle-même au fond d’une zone industrielle pourrie.

Vous allez chez le médecin, habillé normalement, genre en portant un pantalon ou un jean, des chaussures et une chemise, voire une petite veste usée de costume, dont vous avez bousillé le bas. Mieux encore, si le bas, vous ne le portez plus parce que vous ne rentrez plus dedans. Vous allez chez ce docteur en sortant du boulot, dans votre voiture de mec pas cool. Genre une voiture pas tunée, pas de néons, pas de gros bruit de pot défoncé, pas de vitres fumées, pas de klaxon italien. Vous sortez de votre Opel Astra, au minimum. Volkswagen acceptée si ce n’est pas une polo. Vous sortez de votre Audi, de votre BMW, de votre Mercédès (peu importe le modèle, tant qu’il n’a pas plus de dix ans) et vous rentrez chez ce médecin de campagne, ce médecin qui n’est pas votre médecin. Vous lui dites que vous êtes nouveau en ville. Vous lui dites que vous venez ou allez emménager. Qu’il vous faut un certificat d’aptitude pour la pratique d’un sport de type pas cool : pas de boxe par exemple. Vous faites de la muscu « dans une salle », vous pratiquez le squash comme tous les bobos pédés qui refusent de se l’avouer ou vous êtes inscrits au Hand ou dans une équipe de natation. Tout ceci fait foutument sérieux.

A votre arrivée dans le cabinet, vous êtes poli, vous souriez, même si vous suez un peu sous votre veste de costume usée par le travail respectable du mec chiant que vous êtes. Vous lui expliquez à ce gentil docteur qui veut ses vingt-deux ou vingt-trois euros cette belle histoire qui est la vôtre, le certificat, le nouveau job, le nouveau appart’ en ville, pas encore installé, dans les cartons, le certificat, un mal de gorge quand même, vous ne savez pas si c’est l’allergie ou un rhume d’été bordel, et que comme vous êtes stressé, vous avez l’habitude de prendre un peu de Xanax. Ça vous évite les maux de tête cette connerie et vous pouvez mieux dormir le soir. En principe, on vous fait des ordonnances renouvelables parce que ça vous fait longtemps.

Voilà, avec un peu de chance, vous repartirez avec de quoi faire quatre boites, soit deux mois pleins à passer le meilleur moment de votre vie. Les yeux qui brillent, besoin de rien, simplement le vent sur votre peau, le temps qui passe, les voitures, les gens, la nuit, les feuilles, le son des voitures. Un moment idéal qui dure aussi longtemps que les boites en carton. Vous n’aurez surement que des génériques. Et alors, on s’en fout, c’est la même chose. Vous n’aurez jamais mal à la tête, mais vous grossirez un peu. Vous serez un peu faible, et une libido réduite, mais hey, qui en aura encore quelque chose à foutre ? Vous souririez à vous en faire mal aux joues, si le Xanax ne vous anesthésiait pas en plus de tout le reste.

NB : pas de Zoloft avant de prendre le volant. Vous risquez d’avoir franchement mal en cas d’accident. L’anesthésie ne pousse pas le délire jusque là.

Du coup, je ne suis pas cool. Je baise quand même hein. Je veux dire, ce n’est pas parce que vous n’êtes pas cool que vous ne baiserez pas. Vous ne baiserez certainement pas les mêmes filles que si vous l’étiez et, comme moi, vous rêverez sans doute de celles réservées aux gens pas comme vous. Mais vous baiserez quand même. Enfin, si vous êtes capables de respecter quelques règles élémentaires bien entendu…

Ces règles.. ? Elles sont plutôt simples en fait…

Cinq jours de vacances

Cinq jours de vacances.

Je vis ma vie comme je l’entends. Je suis heureux et détendu. J’ai travaillé pendant plus de sept mois sans un seul jour pour me reposer, voir du pays, penser à autre chose. Le boulot, rien que le boulot, toujours le boulot. C’est un nouveau travail, ça prend du temps. Il faut s’acclimater, découvrir les tâches et s’y habituer, apprendre l’agenda, découvrir les collègues, commencer à les comprendre, s’adapter à leur rythme de travail.

On partage, le temps de pauses, une clope ou un café, on se découvre, on échange de petits moments. Juliette est mariée à un gendarme. La moitié des femmes de cette ville semblent mariées à des gendarmes, à cause de la caserne. Elle fume dix clopes par jour et attend la ménopause avec méfiance. Marie-Pierre revient de vacances et ne rêve que d’y retourner, et entre temps, elle fixe sa montre, ou l’horloge de son écran, entre deux clients.

L’immeuble entier n’est composé que de femmes. Ou presque. Roland, qui porte bien son nom, est un grand timide maladroit et gaffeur, un peu fainéant aux dires de ses collègues, mais débonnaire de ce que j’ai constaté (pas de l’avis de tout le monde). Jocelyne est arrivée en même temps que moi, et se donne presque autant dans son travail que moi. Elle accumule les longues journées, mais alterne. Elle a adopté une technique particulière : son bureau, constamment fermé, elle coupe le téléphone et transfère à sa secrétaire ses appels même importants.

Au cours de ces échanges, on choisit son camp. Henriette est une pipelette et elle a ses humeurs. Elle aime bien tout savoir, alors il faut faire attention à ce qu’on dit en sa présence.

Ismaël est pédé. Il ne se sent pas vraiment homme ou légitime aux yeux des autres et ressent un grand complexe d’infériorité professionnelle. Pour nous rappeler qu’il est l’un des chefs, il exerce son pouvoir avec force et méchanceté.

Mes journées sont longues, d’amplitude moyenne de onze ou douze heures. Par rapport à la coutume américaine, on serait tenté de dire que c’est peu, tant ils aiment à se vanter de bosser quatorze à seize heures par jour. Ils arrivent au boulot alors qu’il fait encore nuit, levés dès six heures, et ils rentrent sans avoir vu le soleil. Et ils aiment ça. Et nous devrions faire comme eux. Mais c’est difficile. En attendant d’y arriver, je me plais à bosser plus que les autres. Je me sens valorisé. Le travail, c’est notre contribution à ce monde en perpétuel mouvement. Tout le monde travaille de plus en plus et de plus en plus longtemps et tout se barre en couille à la vitesse de la lumière.

Je crois que j’ai besoin de faire un break. Ma tête éclate tous les jours, sans parler de mon dos. Et pas de Xanax pour faire passer ça.

J’ai posé trois jours. Trois jours de vacances et tout le monde me voit comme le plus grand des flemmards, un chanceux élu. Et moi, je me vois déjà les doigts de pied en éventail dans un transat avec une diabolo grenadine et une pipe, sous un soleil de plomb, au bord d’une piscine, palmiers, serviettes roses, gamins qui crient, sueur et seins qui pointent vers le ciel.

Nous sommes en février, il fait moins de dix degrés dehors. J’ai rattrapé toute ma paperasse en retard, celle qui s’ajoute à celle vraiment en retard. Les tas sont sur la table de la salle à manger. Les uns à côté des autres comme autant d’institutions qui tiennent à savoir où je suis, avec qui, comment, en plusieurs exemplaires. Je fume un joint en rangeant. Il s’est passé une demi journée.

Cinq jours. Dix demi journées. Il ne faut pas perdre de temps. Je vais courir, prendre le soleil qui pointe. Faire les courses pour la semaine. Je rentre, j’ai oublié le lait. Je fais mes courses au supermarché en sortie de ville, parce que c’est moins cher et plus pratique, on y achète tout. Je me perds dans les rayons, je regarde les têtes de gondole, j’achète des pâtes en promo alors que j’en ai quatre kilos chez moi. Et j’ai oublié ce foutu lait. Je ressors la voiture, en prenant soin de ne pas la racler sur les murs, en dépit de l’étroitesse de ce garage. Je roule vite pour ne pas perdre trop de mes vacances.

J’installe mon ordinateur, je vérifie mes mails, et deux du boulot, je regarde les informations, ma montre, je tourne dans l’appartement. Lance une lessive. Puis une autre. Et encore une, et j’en prévois une autre pour demain. Il y a du linge partout, je dois slalomer entre les tas humides et les étendoirs.

Quatre jours de vacances. Rendez-vous chez le médecin. Mal au dos. Elle ne sait pas me guérir, elle me propose des anti inflammatoires, au cas où je sois venu la voir pour rien. Je vérifie mes mails. Et ceux de la boite du boulot.

Ma copine prépare un concours, pour un job sous payé et où les responsabilités sont écrasantes. Je la vois l’après midi. J’ai passé la matinée à glander sur Internet. Les manchots sont bleus à cause de leurs plumes, dont les composants ne laissent pas passer toute la lumière. Internet.

Je regarde une série. Californication. Où comment faire du vieux avec du neuf.

Elle arrive. Elle a les traits tirés, est fatiguée, tendue. Elle râle, on s’engueule. Se réconcilie. Je vérifie mes mails. Et ceux de la boite du boulot. Elle a ses règles. On va se promener, on fait un tour en voiture, passe par l’autoroute, arrive au lac. Il y a du monde. On marche vite pour s’éloigner, et puis on fait demi tour, reprend l’autoroute, va visiter les villages alentour, et on rentre. On mange devant une série. On termine, fait la vaisselle, regarde un autre épisode et va se coucher. Je dors mal à cause de mon dos, et elle est allergique. Elle se lève tôt le lendemain, pour réviser.

Elle s’en va à midi. Me laissant trois jours et demi encore. Je dois détapisser mon bureau. Avancer dans l’aménagement de mon appartement. Mon chez moi. Je vais acheter un produit. Je récupère une spatule pour racler.

Je répare mon ordinateur, qui n’arrête pas de planter, et puis finalement, il est trop tard pour détapisser. Je le ferai demain. Je vérifie mes mails. Et ceux de la boite du boulot.

Deux jours. Je commence à me rappeler que le boulot, c’est bientôt. Je me sens comme un dimanche soir.

Un jour. On est dimanche soir depuis hier matin. Je vérifie mes mails perso et ceux du boulot. Juste au cas où.

J’hésite. A quelle dois-je aller me coucher pour être en forme demain, pour la reprise. Une longue reprise. Est-ce que je vais me lever tôt, retourner voir le docteur et lui montrer que la radio que j’ai passée ne montre rien, comme je l’imaginais ?

Je suis de plus en plus tendu. Agressif. Le mal de tête opère son retour.

Il me tarde d’être de nouveau en vacances.